29 Apr 2019 Story Air

À bout de souffle à Kaboul

Photo Credit: Zahra Khodadadi

En hiver, Kaboul, la capitale de l’Afghanistan, n’est pas faite pour les âmes sensibles : les températures inférieures à zéro ne sont pas inhabituelles et les chutes de neige sont fréquentes et parfois abondantes. Avec une température moyenne de -1 ° C, janvier est le mois le plus froid, les température pouvant atteindre jusqu'à -25 ° C. Située à environ 1 800 m d'altitude, dans une étroite vallée située entre les montagnes de l'Hindu Kush, Kaboul est l'une des capitales les plus en altitude du monde.

L’Afghanistan supporte, depuis de nombreuses années, le fardeau d’un conflit armé prolongé qui fait l’objet d’une couverture internationale. Pendant ce temps, loin de cette publicité, les Afghans, en particulier les six millions d’habitants de Kaboul, sont confrontés à un autre tueur silencieux mais meurtrier : la pollution de l'air.

« Autrefois, l'air était pur et moins contaminé dans la ville de Kaboul », explique Nadira Rashidi, une citadine de longue date. « La population était moins nombreuse et les précipations plus importantes. Avant les conflits en cours en Afghanistan, les habitants se plaisaient à planter des arbres dans leurs complexes résidentiels et dans les espaces communs. Ils étaient également enclins à prendre des mesures collectives pour conserver la ville propre. Cela s'appelle "hashar" en Afghanistan.

Comme toute grande ville, les sources de pollution atmosphérique sont diverses à Kaboul. Pendant plusieurs semaines d'affilée, le plus souvent pendant les mois les plus froids de l'hiver, la ville est recouverte d'un voile toxique de particules, de petites particules de poussière et de suie souvent invisibles.

Dans des circonstances normales, l'air chaud qui se situe près du sol augmente progressivement, entraînant alors les polluants et les dispersant. Cependant, lorsque l'air froid reste près du sol, dans le cadre d'une inversion thermique, la pollution s'accumule au niveau du sol.

Les sources de pollution atmosphérique comprennent les vieilles voitures, le carburant de mauvaise qualité, les brûleurs de déchets, les fours à briques industriels et les fonderies. Ces polluants s’ajoutent à la pollution provenant des boulangeries, des restaurants et des salles de mariage, ainsi que des centrales électriques, des générateurs, des cuisinières domestiques et des radiateurs.

Aucune analyse complète de la pollution atmosphérique à Kaboul n'a encore été réalisée. Cependant, des mesures ont été effectuées pour évaluer les niveaux de particules, d'oxydes d'azote, d'oxydes de soufre et de monoxyde de carbone.

Le gouvernement est responsable de la surveillance de la qualité de l'air à Kaboul et effectue actuellement une surveillance ponctuelle de la qualité de l'air dans la ville à l'aide d'un équipement portable.

Nombreux sont ceux qui utilisent le site internet AirVisual ou son application mobile pour obtenir des informations relatives à la qualité de l’air à Kaboul. Toutefois, ces informations ne sont pas toujours fiables ou représentatives de la situation réelle, car elles proviennent d’un seul point de données situé dans l’une des zones les plus congestionnées de la ville. Une surveillance plus complète et plus précise de la pollution atmosphérique est donc nécessaire pour fournir des données plus fiables.

« Les êtres humains jouent un rôle important dans la pollution de l'environnement. Les femmes jouent un rôle important à cet égard car elles doivent élever et former leurs enfants. Avec l'augmentation de la pollution atmosphérique, nous assistons à une nouvelle génération dont la croissance est ralentie. La pollution a également un impact négatif sur les femmes enceintes et le foetus. L'air toxique est également à l'origine de maladies respiratoires et même de cancers », affirme Nadira Rashidi, également responsable de la problématique hommes-femmes à l'Agence nationale de protection de l'environnement.

Woman Heating
La pollution de l'air  touche davantage les femmes et les filles que les hommes, en particulier dans les pays en développement où elles passent beaucoup de temps chez elles et sont touchées de manière disproportionnée par la pollution provoquée par la cuisson, le chauffage et l'éclairage à l'aide de combustibles solides ou de kérosène. Crédit photo : Tahera Asa

Selon le rapport sur l'état de mondial de l'air 2019 (State of Global Air 2019 report, en anglais), les niveaux actuels de pollution atmosphérique ont réduit l'espérance de vie à hauteur de un an et huit mois à traver le monde. Cela signifie qu'une personne née aujourd'hui mourra 20 mois plus tôt, en moyenne, que ce à quoi on pourrait s'attendre en l'absence de pollution atmosphérique. Le rapport souligne également que l'air toxique réduit l'espérance de vie moyenne de presque autant que le tabagisme.

Le problème posé par la pollution atmosphérique a attiré l'attention des législateurs afghans. En décembre 2018, la Wolesi Jirga, la chambre basse du parlement du pays, a rencontré des représentants du ministère de la Santé publique et de l’Agence nationale de la protection de l’environnement pour discuter au sujet de la qualité de l’air.

Monitoring Quality
Le contrôle de la qualité de l'air est un moyen par lequel les gouvernements et les autorités municipales peuvent lutter contre la pollution en plus d'introduire des subventions pour les véhicules électriques, d'imposer des restrictions aux centrales à combustibles fossiles et d'introduire des interdictions sur les véhicules les plus polluants. Crédit photo Zahra Khodadadi

En réponse à ces préoccupations, et en consultation avec la Mission d'assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), l'équipe d'ONU Environnement à Kaboul a procédé à une évaluation rapide de la concentration de particules en suspension dans l'air de 10 micromètres ou moins (PM10) au sein du complexe opérationnel des Nations Unies en Afghanistan et dans le complexe Alpha de la MANUA.

L'évaluation comprenait des mesures effectuées toutes les 15 minutes sur plusieurs jours en janvier et en février 2019 dans diverses conditions météorologiques (ciel dégagé et couvert, pluie, neige, etc.). Les mesures ont été prises avec des moniteurs Thermo Fischer Scientific PDR 1000 qui mesurent la présence en temps réel de particules atmosphériques.

Au sein du complexe opérationnel des Nations Unies, les concentrations intérieures de PM10 étaient inférieures de 53,9% à celles extérieures, sans utiliser de purificateur d'air. Avec un purificateur d’air, les concentrations intérieures de PM10 étaient 98,9% inférieures à celles en plein air et de 97,3% inférieures aux concentrations intérieures sans purificateur d’air.

Dans le complexe Alpha, les comparaisons entre les valeurs relevées à l’extérieur et à l’intérieur ont révélé une différence significative, les concentrations intérieures dePM10 étant de 36,4% inférieures à celles en extérieur.

« Selon les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé sur la qualité de l'air relative aux PM10, une moyenne de 50 µg.m‑3 par période de 24 heures est acceptable. L’évaluation a montré que l’utilisation d’un purificateur d’air peut être très efficace pour améliorer la qualité de l’air intérieur conformément aux directives de l’Organisation mondiale de la Santé », déclare Dirk Snyman, expert en Action pour le climat de d'ONU Environnement en Afghanistan.

« Cependant, il est nécessaire de procéder à une évaluation scientifique rigoureuse de la qualité de l'air à l'aide d'un plus grand nombre de dispositifs de surveillance de la qualité de l'air répartis sur plusieurs sites et sur des périodes de surveillance beaucoup plus longues. Les résultats de cette évaluation rapide ne sont donc qu'indicatifs et exploratoires et doivent être interprétés comme tels », déclare M. Snyman.

Depuis le début du mois de mars 2019, l’appui à la mission de la MANUA a entrepris une surveillance continue des particules en suspension dans l’air dans le complexe opérationnel de l’ONU en Afghanistan à l’aide d’un moniteur Aeroqual S500. Au cours de cette période, toutes les lectures ont été inférieures aux valeurs recommandées par l’OMS.

En savoir plus sur la campagne mondiale #RespireLaVie, conduite par l'Organisation mondiale de la santé, ONU Environnement, la Coalition pour le climat et la qualité de l’air, qui soutient une série d'initiatives d'assainissement de l'air dans 55 villes, régions et pays, atteignant plus de 153 millions de personnes.

 

La pollution de l'air est le thème de la Journée mondiale de l'environnement qui aura lieu le 5 juin 2019. La qualité de l'air que nous respirons dépend des choix de vie que nous faisons chaque jour. Apprenez-en davantage sur les effets de la pollution atmosphérique sur votre santé et sur les mesures prises pour assainir l'air. Que faites-vous pour réduire vos émissions et #CombattreLaPollutionDeLair ?

Le pays hôte de la Journée mondiale de l'environnement 2019 est la Chine.